Ce que six mois de vanlife m’ont appris

(Un article ! Didon ça faisait longtemps ! Mais Barbara a le temps d’écrire et elle a envie de parler, avec vous, de ce que ce voyage lui déjà a apporté.)

Au terme de six mois de voyage, voici venu le moment de dresser un premier bilan.

Le temps a passé vite, les expériences se sont accumulées, et la petite pause que nous vivons actuellement à Queenstown, où nous reprenons une petite routine confortable, me permet d’avoir un peu de recul sur ce que j’ai vécu pour le moment.

Je le savais déjà, mais un voyage, ça n’a rien à voir avec des vacances.

La vie en van en hiver fut un enseignement. Sans pourtant voyager dans des conditions extrêmes, j’ai souffert, et je me suis dis quelquefois que non, notre célèbre Love Appart avec sa vue grise sur la patinoire et la piscine municipale n’était en fin de compte pas si mal. J’ai appris que c’est une chance d’avoir du chauffage, d’avoir de l’eau courante et de l’électricité. J’ai appris que c’est un luxe d’avoir ses propres toilettes et une douche chaude. Que quand on est une fille et qu’on a ses règles, avoir une salle de bain ça rend les choses plus faciles. Que ces commodités, auxquelles j’ai eu accès si simplement dans ma vie quotidienne, ne coulent pas de source, et qu’il ne faut pas l’oublier.

Certes j’ai choisi de vivre en van, et donc de « manquer » volontairement de tout ça, et c’est une grosse différence de le choisir plutôt que de le subir.

J’ai aussi appris à trimballer ma vie entière dans un sac à dos de huit kilos, à mettre toujours les mêmes vêtements et à recoudre chaque couture craquée, à me passer de la télévision et de mes séries fétiches, j’ai appris à vivre avec douze litres d’eau pendant trois jours (non, vous ne puez pas si vous vous lavez l’essentiel au gant de toilette et que vous prenez une douche deux fois par semaine), à manger moins mais mieux, à consommer moins et à m’en foutre. Et vous savez quoi ? Finalement rien ne me manque. On n’a pas besoin de grand chose, pour se sentir bien. Le reste, ce n’est qu’une illusion. Et c’est un sentiment fantastique que celui d’être détaché du matériel.

J’ai aussi appris à vivre le moment présent. A apprécier les heures de soleil, sa chaleur réconfortante après une matinée frileuse. Que le début du bonheur, c’est de n’avoir ni faim, ni soif, ni froid. J’ai appris à ne pas redouter la tombée de la nuit et ce froid qui va avec, et à relativiser en me disant que ça ne durera pas. J’ai appris, en randonnée, à apprécier les trente mètres de plat avant une nouvelle montée raide, à regarder mieux pour voir plus, que j’étais capable de marcher pendant vingt kilomètres non-stop et de grimper en haut des montagnes, même si je mets plus de temps que les autres.

Mais surtout, surtout, j’ai appris ce que c’était que de se sentir LIBRE. Libre d’aller où je veux quand je veux. Libre de faire une sieste dans un parc à même l’herbe ou sur le sable d’une jolie plage. Libre de dire merde et de changer le plan à la dernière minute. J’ai regardé les soleils se lever sur la mer et se coucher sur les montagnes roses, emmitouflée dans une couverture avec un café dans les mains. J’ai dormi sur des parkings sordides, mais aussi au bord des lacs, des forêts, au milieu des glaciers et face à l’océan. Rien n’est meilleur que de s’endormir en écoutant la chanson nocturne des vagues. J’ai d’ailleurs appris à ne plus avoir peur d’être dehors la nuit, à écouter son silence après une journée de tempête, à apprécier sa pénombre, j’ai appris que la pleine lune éclaire presque autant qu’un soleil, que le monde est merveilleusement beau et paisible la nuit, et que finalement, au milieu de nulle part à deux heures du matin, rien de mal ne peut vous arriver.

Résultat : je dors mieux dans mon van, avec deux degrés dehors, que dans une vraie chambre.

J’ai appris qu’on peut s’adapter très vite. A la vie nomade et à moins de confort, à une nouvelle maison, à un nouveau travail. Même si on en change tous les quatre jours. Que l’on s’endurcit face à un climat capricieux, qu’on ne tombe pas malade après avoir pris la pluie jusqu’au fond du slip ou si on a eu froid pendant deux jours consécutifs.

Et oui, parfois je me suis sentie si bien dans une maison, aux côtés de gens formidables, que je n’ai pas eu envie de partir si vite. Que j’ai eu peur de reprendre la route, sans plan précis, sans avoir une idée du lieu où j’allais m’arrêter le lendemain. Mais l’angoisse s’efface vite quand les montagnes couvertes de neige surgissent après un virage, que l’on est balayé par un vent cinglant sur une plage blanche digne de vos rêves les plus inquiétants, qu’un paysage à le pouvoir de vous ébranler au plus profond de votre âme.

Au fond, c’est peut-être ça la liberté : être émerveillé et effrayé en même temps.

B.

1 Comment

  1. Belle leçon de vie et de philosophie. C’est un superbe texte, bien écrit et très concret. Si vous pensez que l’aventure est dangereuse, essayez la routine… Elle est mortelle ! (Paulo Coelho)

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